Cartes à jouer européennes

“Les meilleurs champions de mémoire du monde – qui sont presque tous originaires d’Europe – peuvent mémoriser un paquet de cartes en moins d’une minute.”

Joshua Foer, journaliste américain, Champion de mémoire, 2005

Que vous pariez votre maison sur un tour de poker, que vous prédisiez l’avenir ou que vous laissiez simplement votre neveu gagner à la belote : quoi que vous fassiez avec votre paquet de cartes, il peut s’avérer utile de savoir différencier vos épées de vos boucliers et vos coupes de vos pièces. Au fil des siècles, les Européens ont utilisé leurs paquets de cartes pour jouer, échanger ou raconter l’avenir; une activité idéale autant pour les piliers de bar et les colporteurs que pour les familles assises autour de la table de Noël. Et pourtant aujourd’hui, même les joueurs les plus avides en savent peu sur les origines militaristes et mystiques de leurs précieuses cartes. Le jeu de cartes international moderne a ses racines en Égypte, évoluant à son passage à travers l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne avant d’arriver en France, pays à partir duquel il a finalement conquis le monde. On doit cette transformation aux routes de commerce, d’industrie, de migration et de conquête. Grattez la surface, et vous trouverez une nouvelle fenêtre ouverte sur les us et coutumes de la société médiévale. Des rois de la cour aux roses botaniques, jetez un œil à notre guide EuropeIsNotDead des cartes à jouer : une chose aussi utile à avoir sous votre manche qu’une paire d’As.

Espagne – Italie (Sud) – Malte

Le paquet espagnol
Épées, Bâtons, Coupes, Pièces

Rien de moderne dans cette configuration : les Pièces sont en or massif, les Épées droites car mortelles, les Bâtons ressemblent à des gourdins préhistoriques noueux et les Coupes nous font penser aux plantes voraces dans Super Mario. Le jeu de cartes espagnol est également le plus fidèle et authentique : il ressemble le plus aux premiers systèmes de cartes importés en Europe depuis l’Égypte mamelouke dans les années 1370. En espagnol, d’ailleurs, les cartes sont encore appelées naipes – une évolution du terme arabe nā’ib, signifiant adjoint ou lieutenant. Ce paquet quelque peu déroutant – également appelé Baraja Española – est, dans certains pays d’Amérique latine, toujours associé à l’occulte, bien qu’en Espagne, il soit encore largement utilisé pour les jeux de cartes et les jeux de hasard traditionnels. Les quatre familles étaient à l’origine destinés à représenter les quatre classes de la société médiévale, des combattants et agriculteurs aux commerçants et prêtres.

Selon certains historiens, les quatre familles de ce paquet représentent les quatre classes sociales du Moyen Âge. Il est dit que la famille des Épées représente l’armée.

Selon certains historiens, les quatre familles de ce paquet représentent les quatre classes sociales du Moyen Âge. Il est dit que la famille des Bâtons représente les paysans.

Selon certains historiens, les quatre familles de ce paquet représentent les quatre classes sociales du Moyen Âge. Il est dit que la famille des Coupes représente le clergé.

Selon certains historiens, les quatre familles de ce paquet représentent les quatre classes sociales du Moyen Âge. Il est dit que la famille des Pièces représente les marchands.

Italie (Nord)

La paquet italien
Épées, Bâtons, Coupes, Deniers

Seize! Ce n’est pas le nombre moyen de fois par jour qu’un Italien s’enfile des pâtes, mais le nombre total de jeux de cartes “officiels” trouvés dans les différentes régions italiennes – sans compter ceux qui ont depuis disparu. Que ce soit la Trentine, la Bresciane, la Bergamasche ou la Triestine : toutes proviennent directement des cartes de tarot trouvées aux 14e et 15e siècles et étroitement liées au jeu espagnol, partageant les familles de Coupes, de Pièces et d’Épées. Elles font toutefois preuve de différences visuelles notables : les Épées sont courbées comme des cimeterres et les Bâtons sont passés du statut de gourdin rugueux ou de branches d’arbre à celui de bâton de cérémonie.

Dans le jeu italien, les Épées sont incurvées comme des sabres – bien que la véritable origine de cette forme soit probablement le cimeterre arabe, car le motif est très probablement une évolution des cartes introduites en Italie et en Espagne par les Mamelouks.

Dans le jeu italien, les Bâtons ressemblent davantage à des bâtons de cérémonie : droits, souvent décorés de rubans colorés ou de motifs le long de la tige, et avec des extrémités noueuses. Les cartes mamelouks utilisaient des bâtons de polo : mais les Italiens, peu familiers avec ce sport exotique, les ont transformés en quelque chose de plus familier.

Dans le jeu italien, les Coupes apparaissent généralement comme des gobelets hexagonaux, souvent avec des détails tranchants. On pensait à l’origine que les quatre familles représentaient les quatre classes sociales du Moyen Âge. Il est dit que la famille des Coupes représentait le clergé.

La désignation italienne des Pièces par Denari fait référence aux pièces de cuivre de faible valeur et renvoie aux cartes mamelouks originales qui représentaient des dinars. A noter que l‘As of Deniers laisse un espace vide blanc au centre, où les collecteurs d’impôts apposaient autrefois leur cachet officiel.

Allemagne (Sud) – Autriche – Tchéquie – Slovaquie

Le paquet allemand
Glands, Feuilles, Cœurs, Grelots

Que vous préfériez jouer avec votre coeur ou votre gland, si vous aimez les jeux à grelots, le jeu de carte allemand est fait pour vous ! Loin de la splendeur courtoise de leurs cousins latins, les Allemands ont adopté une approche plus bucolique de leur jeu. Alors que les premières cartes ressemblaient à celles utilisées aujourd’hui en Italie et en Espagne, les terres germanophones ont évolué pour favoriser des symboles plus proches des activités quotidiennes de la campagne, et tout particulièrement la chasse. Après avoir développé de nombreuses alternatives, le système se fige vers 1450 avec les quatre familles de Glands, Feuilles, Cœurs et Grelots – ainsi que trois figures – le König (le roi), l’Obermann (l’homme supérieur) et l’Untermann (l’homme inférieur). Jusqu’au 17ème siècle, ce paquet était utilisé dans toutes les régions germanophones d’Europe. Cependant, la guerre de Trente Ans (1618–1648) a vu les cartes françaises introduites par des soldats itinérants, laissant cette variante confinée au sud de l’Allemagne et à l’Autriche.

Dans le jeu de cartes allemand, les Cœurs sont très similaires à ceux trouvés dans les jeux internationaux, mais sont colorés en deux moitiés. Selon certains historiens, les quatre familles originelles représentaient les quatre classes sociales du Moyen Âge. Il est dit que la famille des Cœurs représentait le clergé.

Les premiers “jeux de carte de chasse” ont remplacé les familles latines par des symboles proches de la vie quotidienne à la campagne. Après de nombreux essais et erreurs, les Glands sont devenues la norme à partir du 15ème siècle.

Les premiers “jeux de carte de chasse” ont remplacé les familles latines par des symboles proches de la vie quotidienne à la campagne. Après de nombreux essais et erreurs, les Feuilles sont devenues la norme à partir du 15ème siècle. Dans le jeu allemand, la feuille verte stylisée a la moitié gauche colorée dans un ton plus clair, et peut parfois être jaune.

Les Grelots, parfois appelées cloches à faucon, sont un symbole du folklore local allemand : ils sont dessinés avec une petite pierre à l’intérieur pour les faire sonner, et une bague à nouer en haut.

Suisse

Le paquet suisse
Glands, Boucliers, Roses, Grelots

C’était peut-être inévitable compte tenu de sa longue tradition de neutralité : le Pays du lait et du miel ne pouvant pas se décider entre la France, l’Italie et l’Allemagne a dû chercher sa propre voie. Certes, la Suisse a commencé par copier ses voisins en optant pour les Glands et les Grelots. Mais les deux autres familles sont bien différentes, avec leurs Boucliers et leurs Roses ! Les premiers, également connus sous le nom d’écussons, viennent probablement des premiers jeux de cartes germaniques aux motifs de chasse. Les Roses, quant à elles, semblent être une corruption graphique des Deniers utilisés dans le nord de l’Italie : les motifs géométriques de plus en plus élaborés représentés sur les faces de leurs Deniers en sont venus à ressembler aux pétales d’une fleur. Les cartes adaptées par la Suisse sont principalement utilisées pour le Jass, le fameux “jeu de cartes national” suisse.

Les Boucliers ont été inventés dans les pays germanophones du 15ème siècle et ont survécu un grand nombre d’expérimentations créées pour remplacer les familles latines. Bien que le symbole ne soit pas entré dans la version finale du jeu allemand, les Suisses l’ont conservé – probablement pour rendre hommage à la grande variété de drapeaux et d’armoiries des différents cantons du pays. La forme est en fait équivalente aux Feuilles allemandes.

Les premiers “jeux de carte de chasse” ont remplacé les familles latines par des symboles proches de la vie quotidienne à la campagne. Après de nombreux essais et erreurs, les Glands sont devenues la norme à partir du 15ème siècle. Les Suisses les ont conservés dans leur jeu de carte.

Dans le paquet suisse, les Roses sont probablement une corruption graphique des pièces de monnaie utilisées dans le nord de l’Italie, dont les décorations de plus en plus élaborées en sont venues à ressembler aux pétales d’une fleur.

Les Grelots sont probablement de lointains descendants des Deniers italiens avec leur forme ronde distinctive. Ils sont toutefois passés par l’Allemagne, où des symboles familiers à la vie à la campagne ont été choisis pour remplacer les symboles italiens plus exotiques.

Portugal – France – Islande – Irlande –Royaume-Uni – Norvège – Suède – Finlande – Danemark – Pays-Bas – Belgique – Luxembourg – Allemagne (Nord) – Pologne – Lituanie – Lettonie – Estonie – Biélorussie – Ukraine – Moldavie – Roumanie – Hongrie – Slovénie – Croatie – Serbie – Bosnie-Herzégovine – Monténégro – Kosovo – Albanie – Bulgarie – Macédoine du Nord – Grèce – Chypre – Turquie

Le paquet français
Cœurs, Trèfles, Carreaux, Piques

Les Français ont du style. Vers 1480, ils ont stylisé les familles de cartes pour les transformer en Cœurs, Trèfles, Carreaux, Piques. Il s’agit probablement d’une version simplifiée de la version allemande – les Feuilles devenant des Piques, les Glands se transformant en Trèfles et les Grelots en Carreaux. Un des premiers jeux français avait même des croissants à la place des Carreaux. Ces symboles graphiques ne ressemblent guère aux éléments qu’ils sont censés représenter, mais ils étaient beaucoup plus faciles à copier et à imprimer que des alternatives plus finement dessinées. Au fil des siècles, le modèle de cartes dit ‘de Rouen’ est devenu la norme internationale – la ville normande étant à l’époque un centre important de commerce, d’échanges et d’impression. Avec l’avènement de l’imprimerie à la fin du XVe siècle, Rouen se spécialise dans les cartes et les fait découvrir au monde – d’abord en Europe du Nord et de l’Est, puis aux États-Unis. L’une des caractéristiques les plus distinctives des cartes françaises est la reine. Les cartes mamelouks et leurs dérivés, les cartes latines et allemandes, ont toutes trois cartes illustrées masculines, mais les Français ont été les premiers à apporter un peu d’équilibre entre les genres à leurs cartes à jouer.

Les cartes françaises représenteraient les quatre classes sociales de la société médiévale – les Cœurs faisant référence au clergé.

Les cartes françaises représenteraient les quatre classes sociales de la société médiévale – les Trèfles faisant référence aux paysans. Le signe de Trèfle semble être une évolution du Gland dans le jeu allemand, dépouillé de ses détails à des fins d’impression et fortement stylisé.

Les cartes françaises représenteraient les quatre classes sociales de la société médiévale – les Carreaux faisant référence aux marchands. Les Carreaux ont probablement évolués à partir des Pièces rondes dans les jeux espagnols et italiens, ainsi que les Grelots, ronds également, dans le jeu allemand, mais dépouillés de leurs détails à des fins d’impression, prenant finalement la forme d’un losange.

Les cartes françaises représenteraient les quatre classes sociales de la société médiévale – les Piques faisant référence à l’aristocratie. Le terme français de Pique faisait à l’origine référence à une arme en forme de lance. Pour les cartes à jouer, le terme peut avoir été inventé par analogie avec le symbole latin dont il est dérivé, l’Épée.

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