Serbie – Sava Savanović

Au début du XVIIIe siècle , Sava Savanović exerçait le métier de bouvier (homme qui garde les bœufs) et il habitait Zarožje, un petit village situé à l’Ouest de la Serbie. Il était un riche villageois connu et respecté de ses concitoyens.
 
Dans sa jeunesse, il avait été beau, fort et courageux mais malheureusement il avait vieilli et sa beauté s’était envolée avec les années. Dans ses vieux jours, il était tombé amoureux d’une jolie jeune fille du village, la fille d’un marchand, une demoiselle bien plus jeune que lui, qui avait repoussé ses avances.
 
Depuis, Sava avait changé. Il était devenu amer et il avait parfois des mots durs envers ses employés de maison, son frère cadet Stanko et la famille de celui-ci. Un matin, peu avant l’aube, Stanko vit Sava sortir son pistolet de son étui et le glisser dans sa poche avant de se diriger vers la forêt toute proche. Pressentant un drame, Stanko le suivit discrètement, espérant pouvoir empêcher son frère, qui semblait peu à peu perdre l’esprit, de commettre l’irréparable.

Après une bonne demi-heure de marche, Stava arriva dans un pâturage où la jeune fille qu’il convoitait avait mené paître ses moutons. Une nouvelle fois il lui fit sa demande, et une nouvelle fois elle la refusa.
 
Mais alors qu’elle se retournait pour retrouver ses bêtes, ivre de rage et de dépit, Sava sortit son petit pistolet de sa poche et il fit feu. Tuée sur le coup, la jeune fille s’effondra sur l’herbe tendre.
 
Lorsqu’il vit Sava prendre son arme, Stanko surgit immédiatement des buissons pour tenter de l’arrêter, mais malheureusement, il était déjà trop tard. Le bruit de la balle avait attiré les bergers des alentours.
 
En arrivant sur les lieux, ils aperçurent deux hommes en train de se battre et ils supposèrent qu’un bandit attaquait un voyageur. Ils se mirent alors à courir vers eux mais pour une raison étrange, en les apercevant, Stanko prit peur. Abandonnant la lutte , il s’enfuit vers la forêt.
 
En voyant sa réaction, les bergers en conclurent tout naturellement qu’il était le malandrin. L’un d’eux saisit alors son fusil et il tira sur le fugitif. Touché d’une balle dans le dos, Stanko mourut sur le coup.

Lorsque les villageois découvrirent le corps de la jeune fille, ils réalisèrent leur horrible méprise. Ils se rendirent au domicile de Sava et le battirent avec des bâtons et des pioches jusqu’à ce que mort s’en suive. Puis ils ensevelirent son corps dans un ravin, non loin du lieu de son crime, car un meurtrier ne pouvait être enterré au cimetière.

Peu de temps après, des rumeurs se mirent à circuler. L’on racontait qu’à la nuit venue, Sava errait dans le village. Le mort était revenu sous la forme d’un vampire. Depuis le jour de son enterrement, il ne se passait pas une nuit sans quelque Sava ne se levât de son tombeau.
 
Les gens étaient terrifiés et ils en étaient venus à vouloir déterrer son cadavre afin de lui infliger le traitement habituel réservé aux vampires. La femme de Stanko les avait suppliés de ne pas profaner sa tombe et il semblait qu’elle eut été entendue. Mais pour combien de temps…
 
Alors, aidée de deux de ses frères, la veuve déterra le corps de son beau-frère et elle l’ensevelit non loin du vieux moulin, dans la forêt.
 
Le temps avait passé et l’histoire de Sava était maintenant oubliée. Pendant des années et des années le vampire avait harcelé les habitants de Zarožje mais comme l’on ignorait son identité, il était impossible de trouver sa tombe et de mettre fin à ses agissements. Le moulin à eau du village, situé près de la rivière Rogačica, était son nouveau lieu de résidence et les villageois affirmaient que le vampire se nourrissait du sang des meuniers lorsqu’ils s’y rendaient pour moudre leur grain. Tous ceux qui osaient y pénétrer durant la nuit mouraient inexorablement.

Strahinja, un jeune homme qui habitait le village d’Ovčinje, était fort amoureux d’une très belle jeune fille nommée Radojka, qui se trouvait être la fille d’un riche fermier de Zarožje. Malheureusement, il était très pauvre et le père de Radojka lui refusait sa fille, bien que celle-ci l’aimât sincèrement en retour.
 
Strahinja se savait pas vraiment comment gagner les faveurs de ce père récalcitrant. Alors un jour, il se rendit à Zarožje et demanda aux gens la permission de travailler comme meunier durant toute une nuit dans leur moulin qui avait une si sulfureuse réputation. Bien évidemment, les villageois repoussèrent sa proposition. Tous ceux qui avaient passé la nuit dans le moulin n’avaient jamais vu le jour, c’était du suicide.
 
Cependant, le père de Radojka, qui voyait là un bon moyen de se débarrasser de ce prétendant indésirable, encouragea les habitants du village à accepter son offre et Strahinja fut finalement autorisé à passer la nuit au moulin.
 
Le jeune homme s’était rendu sur les lieux peu avant la nuit. Il avait amené avec lui une souche d’arbre et des sacs qu’il avait disposés près du feu. Il les avait ensuite recouverts d’une couverture, de telle manière que l’on aurait pu croire qu’un homme endormi reposait là, puis il s’était dissimulé sous les chevrons du moulin et il avait attendu. 
 
Soudain, au beau milieu de la nuit, la porte du moulin s’ouvrit brutalement et la haute silhouette d’un homme parut dans l’entrée. En pénétrant dans la pièce, il déclara à voix haute “Un bon dîner pour moi”.

Strahinja était terrifié et il osait tout juste respirer. Alors que l’hideuse créature se penchait pour sucer le sang de sa proie, il découvrit soudain qu’on l’avait trompé. Sous la couverture, ne gisait qu’une souche d’arbre et quelques sacs.
 
Alors il s’écria d’une voix forte “Depuis que je suis Sava Savanović, je ne suis jamais allé sans dîner, mais ce soir, je vais devoir m’y résoudre”.

Strahinja réussit à surmonter sa peur et, de son perchoir, il tira sur la créature avec son fusil. Le vampire disparut alors. Ragaillardi , le jeune homme redescendit des chevrons et il moulut le grain tout au long de la nuit.
 
Au petit matin tout le village se rendit au moulin. Les villageois, fatalistes, s’attendaient à devoir emporter la dépouille du téméraire mais ils découvrirent le jeune homme souriant, assis sur le pas de la porte.
 
Le père de Radojka lui demanda alors comment il avait survécu et s’il avait appris le nom du vampire. Strahinja lui répondit que le vampire s’appelait Sava Savanović.
 
Comme le jeune homme avait fait preuve d’un courage rare et qu’il avait, en quelque sorte, sauvé le village, le père de Radojka consentit à lui donner la main de sa fille.
 
Cependant, le vampire était si vieux que personne ne savait où se trouvait sa tombe, pas même les anciens. S’ils connaissaient maintenant son nom, les villageois n’avaient aucun moyen de mettre réellement fin à ses actes malfaisants. 
 
Au village d’Ovčinje, vivait une très vieille femme nommée Mirjana et les habitants de Zarožje décidèrent d’aller la trouver afin de lui demander conseil. Elle leur expliqua alors que la sépulture du vampire se trouvait sous un arbre tortueux. Toutefois, rien n’indiquait son emplacement et ils ne pouvaient la trouver par eux-même. Il leur fallait prendre un étalon noir, sans aucune marque, et le suivre. A l’endroit où l’étalon commencerait à creuser de ses sabots, alors se trouverait la tombe du vampire.
 
Mirjana leur conseilla de se munir d’un pieu aiguisé en bois d’aubépine et d’ail avant de se rendre sur place. Il était également judicieux de demander à un prêtre, ayant fait provision d’eau bénite, de les accompagner.

Se fiant aux consignes de leur aïeule, les villageois suivirent un étalon noir jusqu’à ce que le cheval commence à geindre et se mette à frapper le sol de ses sabots. Après quoi, ils se mirent à creuser et ils découvrirent le cercueil du vampire.
 
Après avoir soulevé le cercueil de sa tombe, l’homme le plus courageux du village s’avança avec, dans ses mains, le pieu d’aubépine. Le prêtre, prêt à asperger la créature d’eau bénite, se tenait à ses côtés. Les villageois ouvrirent alors le cercueil. Le corps de Sava Savanović reposait à l’intérieur, intact. L’un de ses yeux était ouvert, l’autre fermé, ce qui était un signe de vampirisme à n’en point douter.
 
Tous les habitants du village tremblaient de peur mais le brave armé d’aubépine s’avança vaillamment puis, sans hésiter, il enfonça le pieu profondément dans le cœur du vampire. Mais alors que le prêtre commençait à verser de l’eau bénite sur sa dépouille, un grand papillon sortit des lèvres de Sava et disparut dans la nature.
 
Personne ne le revit jamais.
Après cela, le vampire ne fit plus parler de lui durant un certain temps.
 
Les habitants du village, cependant, continuaient à éviter soigneusement le moulin à eau durant la nuit. Mais quelques temps plus tard, un papillon commença à troubler les gens, en particulier les bébés et les petits enfants et même si leurs mères tentaient de les protéger du mieux qu’elles le pouvaient, certains des enfants moururent inexplicablement.
 
Dès lors, il fut admis que le vampire se dissimulait sous la forme d’un papillon et qu’il continuait à hanter le vieux moulin.
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