Roumanie – La Chèvre et Ses Trois Chevreaux

Il y a très longtemps,dans une maisonnette avec un porche en bois et des géraniums rouges aux fenêtres,vivait une chèvre qui avait trois chevreaux. L’aîné et le cadet étaient très désobéissants, mais le benjamin était sage et travailleur.

Un jour, elle dit aux enfants qu’elle irait dans la forêt pour rapporter quelque chose à manger et,que pendant ce temps, ils ne devraient ouvrir la porte à personne.

Quand elle sera de retour, pour être reconnue, elle leur chantera :

Mes chevreaux Joyeux et beaux ;
Ce bon chou Tendre et doux
Et un peu de sel
A l’aisselle.
Ouvrez la porte
Je vous apporte

– Ne t’inquiète pas, maman ! répondirent les chevreaux, nous ferons attention…

Après cela, la chèvre bêla de satisfaction et s’en alla. Dès que leur mère quitta la maison, les chevreaux verrouillèrent la porte et commencèrent à jouer ensemble.

Le méchant compère loup, qui désirait depuis longtemps se régaler avec leur viande, avait écouté tout ce que la chèvre avait dit à ses petits. Et, une fois la chèvre partie , le loup frappa à la porte et commença:

Mes chevreaux Joyeux et beaux ;…

Dès que l’aîné des chevreaux l’entendit, il sauta à la porte pour la déverrouiller. Heureusement, le benjamin l’arrêta à temps, en lui disant :

– N’ouvre pas la porte, ce n’est pas notre mère ; sa voix n’est pas si rauque !

Quand le loup entendit cette remarque, il partit aussitôt chez le maître forgeron pour se faire aiguiser la langue et les dents afin de lui rendre une voix plus fluette.

Maintenant, ils ne vont plus reconnaître ma voix, se dit le loup, pressant ses pas vers la maison de la chèvre, les yeux brillant de convoitise.

C’était vrai. L’ainé courut vite et tira le verrou. Les deux autres, ne reconnaissant pas encore la voix de leur mère, se cachèrent.

Mais une fois la porte ouverte, le loup dont les yeux brillaient et dont la gorge grésillait à cause de la convoitise entra et mangea l’aîné. Voyant qu’il n’ y avait plus d’autres chevreaux, le loup prit place sur l’auge pour se reposer. Quand le loup éternua, le cadet, par habitude, lui dit: “Santé” !

– Te voilà ! dit le loup. C’est ici que tu t’étais caché, mon mignon ?

Et sans beaucoup réfléchir, il engloutit le pauvre chevreau.

Après avoir fouillé partout pour trouver le benjamin, le loup partit laissant derrière lui beaucoup de larmes et de souffrance.

Juste à ce moment, la chèvre, essoufflée, revenait à la maison chargée de toutes sortes de bonnes choses. Le benjamin, dès qu’il entendit la voix de sa mère, lui ouvrit la porte et, avec des larmes aux yeux, lui raconta tout ce qui s’était passé. La pauvre chèvre ! Maintenant, il ne lui restait plus que le petit chevreau pour plaindre les deux autres.

La chèvre réfléchit toute la nuit à comment faire pour venger la mort de ses enfants. Elle prépara rapidement des plats à s’en lécher les doigts.

Non loin de sa maison, il y avait une fosse profonde. La chèvre la remplit de braises fumantes et de bois pourri pour que tout cela brûle lentement, puis elle y mit de la paille et de la terre et à la fin une natte de roseaux.

Ensuite, elle alla inviter le compère loup au festin. Tout en léchant ses babines le loup suivait la chèvre, qui lui dit qu’elle ne savait pas qui lui avait tué ses chevreaux. Arrivés à la maison, la chèvre mit la table sur la natte et le fit s’asseoir sur une chaise de cire qui
allait fondre lentement à la chaleur du feu de la fosse.

Soudain , la chaise fondit et le loup tomba sur la natte qui s’écroula sous son poids dans la fosse pleine de flammes.

En apprenant la fameuse nouvelle, les chèvres et les boucs des enlentours firent la bonne chère et invitèrent tous les animaux de la forêt. La fête dura toute une semaine et moi, celui qui vous raconte tout cela, j’y ai pris part volontiers.

 

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