Pays-Bas – Le Garçon qui Voulait Plus de Fromage

Kees van Bommel était un garçon hollandais de 12 ans, qui vivait là où les vaches étaient abondantes. Il mesurait plus de 5 pieds de haut, pesait cent livres et avait des joues bien roses. Son appétit était toujours bon si bien que sa mère déclara un jour que son estomac n’avait pas de fond. Ses cheveux étaient d’une couleur à mi-chemin entre une carotte et une patate douce. Ils étaient aussi épais que les roseaux dans un marécage et étaient coupés droits, de moins d’une oreille à l’autre.

Kees marchait avec une paire de chaussures en bois, qui faisaient un terrible bruit lorsqu’il courait vite pour attraper un lapin ou grattait les briques de son village que la route de retour de l’école. En été, Kees était vêtu d’une blouse de toile bleue et rugueuse. En hiver, il portait des culottes de laine aussi larges que des sacs à café. On les appelait des pantalons à cloche et, de fait, ils étaient comme un couple de cloches de vache tournées vers le haut. Ceux-ci étaient boutonnés sur une veste épaisse et chaude. Jusqu’à quinze ans, Kees était habillé comme ses soeurs. Puis, à son quinzième anniversaire, il reçut des vêtements de garçon, avec deux poches, dont il était assez fier.

Kees était un garçon de fermier. Il avait du pain de seigle et du lait frais pour le petit-déjeuner. Au moment du dîner, à côté du fromage et du pain, on lui donnait une assiette remplie de pommes de terre bouillies. Très vite, les pommes de terre et le beurre disparaissaient dans son gosier. Au souper, il avait du pain et du lait écrémé, laissé après que la crème avait été enlevée, avec une soucoupe, pour faire du beurre. Deux fois par semaine, les enfants appréciaient aussi un bol de crème fouettée, avec un peu de sucre brun saupoudré sur le dessus. Mais à chaque repas, il y avait du fromage, habituellement dans des tranches minces, que le garçon trouvait pas assez épaisses. Quand Kees se couchait, il s’endormait habituellement dès que ses cheveux jaunes touchaient l’oreiller. En été, il dormait jusqu’à ce que les oiseaux commençassent à chanter, à l’aube. En hiver, quand le lit était chaud et que le vent était gelé, il écoutait souvent les vaches meugler, à leur manière, avant de sauter de son sac de paille qui servait de matelas. Les Van Bommels n’étaient pas riches, mais tout brillait.

Il y avait toujours beaucoup à manger chez les Van Bommels. Des tas de pain de seigle, longs et plus épais que le bras d’un homme, se tenaient debout dans le coin du sous-sol frais doublé de pierres. Les pains de pâte étaient mis au four une fois par semaine. Le temps de cuisson était un grand événement chez les Van Bommels et aucun homme n’était autorisé dans la cuisine ce jour-là, à moins qu’ils n’étaient appelés à aider. Enfin, les seaux et les casseroles de lait, remplis ou vides, étaient frottés ou mis au soleil tous les jours pour sécher, et les fromages, empilés dans le garde-manger, semblaient parfois suffire pour nourrir une petite armée.

Mais Kees voulait toujours plus de fromage. En bien d‘autres façons, il était un bon garçon, obéissant à la maison, toujours prêt à travailler dans la ferme et diligent à l’école. Mais à la table, il n’en avait jamais assez. Parfois, son père riait et lui demandait s’il avait un puits, ou une grotte, sous sa veste.

Kees avait trois jeunes soeurs, Kaatje, Anneke et Saartje; ce qui est l’équivalent en néerlandais de Kate, Annie et Sallie. Leur mère bien-aimée les aimait chèrement et elle les l’appelait « fleurs d’oranger »; Mais quand, au dîner, Kees continuait à plonger ses pommes de terre dans le beurre chaud, tandis que les autres entraient, sa mère riait et l’appelait son petit pot de beurre. Mais toujours Kees voulait plus de fromage. Elle le nommait volontiers comme un garçon “pire que le beurre et les œufs”; C’est-à-dire aussi ennuyeux que cette plante jaune et blanche, que l’on appelle toad-lin – qui est certes très jolie, mais n’est au fond qu’une mauvaise herbe.

Un soir d’été, après avoir été grondé, Kees se coucha bien en mal et en pleurs. Il avait donné un baiser à chacune de ses sœurs qui lui avaient donné en échange leur morceau de fromage, et ceux-la, ajouté à sa propre part, rendaient son ventre aussi lourd que le plomb.

Le lit de Kees était dans le grenier. Lorsque la maison avait été construite pour la première fois, une des tuiles rouges du toit avait été enlevée et une autre, en verre, avait été placée à sa place. De sorte que ce tuile en verre allumait la chambre le matin et la nuit, par beau temps, il fournissait de l’air dans sa chambre.

Une brise douce soufflait des pinèdes sur la pente sablonneuse, pas loin. Alors Kees monta sur le tabouret pour renifler les douces odeurs. Il pensait qu’il voyait des lumières danser sous l’arbre. Un faisceau semblait s’approcher de son toit, et s’approchait de la cheminée. Il passait devant et derrière lui. Le faisceau semblait murmurer à son oreille, tandis qu’il bougeait. Il semblait que cent flèches avaient allumé leur lumière froide dans une lampe. Alors Kees pensait que les faisceaux étranges portaient la forme d’une belle fille, mais il ne se moquait que de l’idée. Très bientôt, cependant, il pensait que le murmure devenait une voix. Encore une fois, il se mit à rire si chaleureusement, qu’il en oubliait avoir juste été corrigé par sa mère. Ses yeux scintillaient de joie, lorsque la petite voix s’exclama :

– Il y a plein de fromage. Viens avec nous…

Pour s’en assurer, le garçon un peu endormi se frotta les yeux et tendit les oreilles. Encore une fois, le faisceau lui dit:

– Viens !

Cela pouvait-il être vrai? Il avait entendu de telles histoires de vieil hommes parler aux dames des bois. Mais, là, lui-même voyait de ses propres yeux l’anneau des fées dans les bois de pin. Le faisceau l’invitait encore.

À maintes reprises, la lumière émouvante et froide circulait autour du toit rouge montant vers les cheminées, que la lune semblait transformer en plaques d’argent. Au fur et à mesure que le disque montait plus haut dans le ciel, il parvenait à observer la lumière mobile, qui avait l’air d’une dame; Mais la voix devint rapidement plus aisée à comprendre :

– Il y a plein de fromage. Viens avec nous.

– Je verrai bien ce que c’est, de toute façon, pensa Kees, en s’appuyant sur ses bas de laine épais et en se préparant à descendre les escaliers et à sortir, sans éveiller une âme. À la porte, il entra dans ses chaussures en bois. Juste alors, le chat ronronna et se frotta contre ses tibias. Il sursauta, car il avait peur; Mais, regardant vers le bas, pendant un moment, il vit les deux boules de feu jaune devant sa tête et savait ce qu’elles étaient. Il prit donc la direction des bois de pin et alla en direction de l’anneau de fées.

Quelle étrange vue! Au début, Kees pensait que c’était un cercle de grandes mouches à feu. Puis il vit clairement qu’il y avait des dizaines de jolies créatures, à peine plus grandes que des poupées, mais aussi vivantes que des grillons. Elles étaient pleines de lumière, comme des lampes avec des ailes. Main dans la main, elles flottaient et dansaient autour de l’herbe. C’était si amusant.

A peine Kees avait-il dépassé sa première surprise, qu’il fut entouré de fées. Certains des plus fortes d’entre elles avaient quitté le cercle principal et venaient à lui. Il se sentit attiré par leurs doigts délicats. L’une d’elles, la plus belles d’entres toutes, lui murmura à l’oreille:

– Viens danser avec nous.

Une douzaine de jolies créatures murmurent alors en chœur:

– Il y a beaucoup de fromage ici. Beaucoup de fromage ici. Viens viens!

A ce moment-là, les talons de Kees semblaient être aussi légers que des plumes. En un instant, ses deux mains jointes avec celles des fées, il se mit à danser de joie. C’était aussi amusant que s’il était à la kermesse, lorsque les rangées de garçons et de filles, main dans la main, se balançaient dans les rues, pendant la semaine de la kermesse.

Kees n’avait pas le temps de regarder les fées, car il était trop pris de plaisir. Il dansait et dansait encore, toute la nuit et jusqu’à ce que le ciel à l’est commence à tourner, d’abord gris et puis rose. Puis il tomba, s’éteignit et s’endormit. Sa tête reposait sur la courbe intérieure de l’anneau de fées, ses pieds au centre.

Kees se sentait très heureux, car il n’avait aucun sentiment d’être fatigué, et il ne savait pas qu’il était endormi. Il pensait que ses partenaires, les fées, qui avaient dansé avec lui, l’attendaient maintenant pour lui apporter des fromages. Avec un couteau doré, elles lui en coupèrent de leurs propres mains. Comme cela était bon! Il pensait qu’il pouvait manger tout le fromage qu’il désirait. Il n’y avait pas de mère pour le gronder, ou de père pour lui serrer le doigt. Comme c’était délicieux!

Mais de temps en temps, il voulait arrêter de manger et se reposer un peu. Ses mâchoires étaient fatiguées. Son ventre semblait être chargé de canons. Il s’essoufflait.

Mais les fées ne le laissaient pas arrêter, car les fées hollandaises ne se fatiguaient jamais. Volant du ciel – du nord, du sud, de l’est et de l’ouest – elles arrivèrent toutes, apportant des fromages. Ceux-ci tombaient autour de lui, jusqu’à ce que des masses rondes menacent d’abord de l’enfermer comme dans un mur, puis de le dépasser. Il y avait les boules rouges d’Edam, les sphères rose et jaune de Gouda, et les couches grasses de Lydyd. À travers les bois de pin, il regardait, et ah, des horreurs! Il y avait la plus grande et la plus forte des fées qui roulaient sur des fromages énormes, ronds et plats de Frise! L’un d’eux était aussi grand qu’une roue de chariot et aurait bien pu alimenter un régiment entier. Les fées s’accrochaient aux disques de fromage, comme si elles jouaient avec des cerceaux. Elles criaient avec hilarité, car, avec un bâton de pin, elles les battaient comme des garçons en jeu. Le fromage de ferme, le fromage d’usine, le fromage Alkmaar et, pour couronner le tout, le fromage de Limbourg – que Kees n’avait jusqu’alors jamais pu supporter, en raison de sa forte odeur. Bientôt, les gâteaux et les boules étaient entassés si haut autour de lui que le garçon, en levant les yeux, se sentait comme une grenouille dans un puits. Il gémissait à l’idée de penser que les hauts murs de fromage menaçaient de tomber sur lui. Puis il criait, mais les fées pensaient qu’il jouaient là une comédie. N’étant pas humaines, elles ne savaient pas ce qu’un garçon ressentait.

Avec une tranche épaisse dans la main droite et un gros morceau dans la main gauche, il arriva enfin au moment où il ne pouvait plus manger de fromage. Les fées, dirigées par leur reine, debout d’un côté, ou qui planaient au dessus de sa tête, l’exhortèrent pourtant à en prendre plus.

À ce moment, alors qu’il avait peur de finir par éclater, Kees vit que le tas de fromages, aussi gros qu’une maison, se renversait sur lui. La lourde masse tomba à l’intérieur sur lui. Dans un cri de terreur, il se vit écraser aussi plat qu’un fromage de Frise.

Mais ce ne fut heureusement pas le cas! Se réveillant et se frottant les yeux, il vit le soleil rouge se lever sur les dunes de sable. Les oiseaux et les coqs chantaient tout autour de lui, en chœur, comme pour le saluer. L’horloge du village retentit. Il ressentait ses vêtements. Ils étaient mouillés de la rosée du matin. Il s’assit pour regarder autour. Il n’y avait pas de fées, mais dans sa bouche, un tas d’herbe qu’il machouillait à n’en plus finir.

Kees ne racontera jamais l’histoire de sa nuit avec les fées, et il n’a pas encore tranché la question de savoir si elles le laissèrent partir parce que la maison de fromage dans son rêve était tombée ou parce que la lumière du jour était finalement venue.

 

  Retour au Contes de fées européens  

(trad: EuropeIsNotDead)